Enracinée

Écrits

Quand mon corps sera devenu trop lourd, quand je n’aurais plus la force de soulever ce corps mort,

Quand je serai fatiguée de me battre, j’irai dans la foret. Je toucherai mes frères, les arbres, je toucherai mes sœurs, les fleurs et j’écouterai le vent faire virevolter leur corps.

Je sécherai les dernières larmes sous mes yeux affaiblis, lâcherai mon crayon et mon brouillon de vers durs.

Je percevrai les couleurs de la vie ; le jaune, le rose, le rouge, le vert, beaucoup de vert et de verdure.

Je tendrai l’oreille aux millions de sons que m’offrent la faune et la flore et ils feront vibrer mon cœur. J’irai pieds-nus, marcher sur l’herbe mouillée et l’âme apaisée je tendrai mes bras à ma mère, la Nature.

Je contemplerai son immense être et son âme lumineuse, et lui soufflerai des fragments de mes maux. Mes jambes mortes seront serrées, mes cheveux s’envoleront avec le vent.

Puis, des racines commenceront à apparaître sur des parties de mes membres. Mes pieds s’enterreront dans le sol, mes jambes deviendront un tronc compacte, des branches fines pousseront de mes bras et toucheront la terre, ma tête sera tendue vers les cieux bleus et mes yeux regarderont les oiseaux voler. Leurs ailes remueront l’air et me rendront mélancolique.

Ah ! Moi aussi j’aurai voulu être libre !

Je serai enracinée à ma mère, je deviendrai un saule pleureur et alors je vivrai. On n’aura vu aussi belle métamorphose depuis Ovide avec Phélémon et Baucis.

– O sublime Foret, je suis toute à toi !


Yaël Ciancilla

Yaël Ciancilla

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