Elle

Écrits

Je me marie à la Mort au coucher du soleil. On me glissera l’anneau comme la corde au cou. J’épouse la veuve comme disait Victor Hugo et rejoins ses derniers maris. Je serai uni à elle pour l’éternité. Je dormirai à ses côtés sur mon lit de mort qu’est ce bois de justice. Pour notre nuit de noce et pour toutes les autres nuits à venir jusqu’à la fin de la fin. Certains l’appellent Thanatos, mais en vérité, c’est une femme, la Faucheuse.

Elle est froide, fatale et dévore les âmes. Un mariage pour la vie et pour la mort. Une union mortelle. Je l’ai rencontré pour la première fois lors de son alliance avec mon père, ce n’était pas sa première proie et loin d’être la dernière.

Elle m’a fusillé du regard, comme pour me dire que mon tour arriverait bientôt. Son regard refroidit mon corps et mon cœur.

Je me suis laissé ensorceler par ses baisers empoisonnés.

Elle est incapable de me donner un enfant. Incapable de donner la vie, elle ne sait que la reprendre. Son ventre est sec comme le désert et macabre comme un cimetière.

Elle est vieille mais non ridée, elle est rachitique mais non faible, elle n’est pas vivante, mais non morte, personne ne l’aime mais elle est inéluctable.

Elle existe depuis toujours et ne cessera de tourmenter les vivants. Mon cœur saigne, elle m’a poignardé en laissant derrière moi une vie passée. Je me noie dans les larmes du désespoir quand je songe à mon funeste destin. Dès la tombée de la nuit, je la suivrai et descendrai jusqu’aux Enfers pour rejoindre ma tombe. Le ciel est sombre ce soir. Les nuages couvrent les étoiles. Aucune ne brille. Je ne veux pas me marier, seulement on me force. On m’a livré comme une marchandise, comme si j’appartenais à quelqu’un. Le bourreau ne fait qu’exécuter les ordres d’un homme plus haut placé que lui. C’est lui le vrai parricide.

J’aimerais continuer à vivre libre, mais ce rêve est enterré six pieds sous terre avec moi.


Yaël Ciancilla

Yaël Ciancilla

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